26.05.2026 craft code blog 4 min read

blog.init

Deux questions posées par Steph Ango. Une réponse qui m'a frappé. Un blog qui change.

Le test du milliard

Steph Ango a une liste de quarante questions qu’il se pose tous les dix ans. Je suis tombé dessus par hasard.

La première : qu’est-ce que tu ferais si tu avais six mois à vivre ?

Honnêtement, celle-là ne m’a pas surpris. La réponse était évidente avant même d’avoir fini de la lire. Tu arrêtes de travailler. Tu passes du temps avec les gens que tu aimes. Tu fais tout ce que tu n’as pas encore eu le temps de faire. C’est humain, c’est universel, c’est ce que tout le monde dirait.

Mais la deuxième question était différente.

Qu’est-ce que tu ferais si tu avais un milliard ?

Là il n’y a plus de contrainte de temps. Plus d’urgence. Juste du temps, en quantité presque illimitée, sans aucune pression. Et je me suis rendu compte que ce que je voudrais faire de ce temps, c’est créer. Pas voyager indéfiniment, pas m’arrêter. Coder. Designer. Construire des expériences digitales sans la pression d’apprendre tel langage parce que les boites le veulent, sans devoir justifier mes choix techniques par un marché. Juste faire ce que j’aime, comme je l’aime.

C’est là que j’avais une dissonance.

Pas parce que les deux réponses se ressemblent. Parce que dans aucun des deux cas je ne me suis imaginé faire ce que je fais en ce moment. Pas de cloud security à apprendre pour décrocher un poste. Pas de certifications à préparer pour rassurer un recruteur. Pas de chemin raisonnable vers une liberté future hypothétique.

Juste créer. Maintenant.

Le problème que je prenais dans le mauvais sens depuis des mois.


Le mauvais calcul

J’avais une vision très précise de ce qu’était une carrière. Tu choisis une spécialité technique pointue. Tu l’apprends seul, en dehors des cours, parce que les cours ne suffisent pas. Tu accumules des compétences durement acquises jusqu’à atteindre un niveau qui te garantit un style de vie confortable, assez d’argent, assez de liberté, assez de temps pour enfin faire ce que tu aimes.

J’allais me spécialiser en cloud security exactement pour ça. Pas parce que ça me transcendait. Parce que c’est bien payé, ça s’apprend à distance, ça garantissait la liberté dont j’avais besoin pour être satisfait.

Le problème avec ce calcul : il suppose que j’arrive au niveau espéré. Et même si j’y arrive, il suppose que la liberté obtenue me laissera l’énergie et l’envie de créer ce que je voulais créer dès le départ.

C’est beaucoup de suppositions pour éviter de faire directement ce qu’on veut faire.

J’ai reconsidéré. Une carrière ce n’est peut-être pas un plan d’accès à une vie future. C’est peut-être juste ce qui se forme quand on fait ce qu’on aime avec assez d’obstination. Et même si l’opportunité ne suit pas exactement comme prévu, au moins on n’aura pas passé des années à préparer une vie qu’on ne vivra jamais vraiment.


Le signal

Ce que je veux faire, c’est créer des expériences digitales. Du design. Du logiciel. Des interfaces précises. Des choses belles qui fonctionnent exactement comme elles devraient fonctionner.

Je l’ai compris en finissant ce blog.

Pas en le publiant. En le finissant. Il y a eu un moment, tard dans la nuit, où j’ai regardé ce que j’avais construit et j’ai été ému. Pas fier. Ému. La page d’inspirations, la typographie, les espacements, le dark mode chaud. Tout semblait juste. Tout semblait moi.

Je ne pensais qu’à ça depuis des semaines. Et ce n’était pas malsain. C’était quelque chose qui m’habitait.

C’est ça le signal.


Ce qui change

Donc ce blog va changer. Pas le design, il vient d’être fait avec une obsession que je n’aurais pas pu mettre sur autre chose. Pas le niveau d’exigence. Pas la voix.

Ce qui change : tout le sujet. Ce blog sera un journal de créateur. Les projets que je construis, les choses que j’apprends, les convictions que je me forme sur le craft, le design, les langages, les outils. Ce que ça fait de créer quelque chose de bout en bout et de le finir vraiment.

Le centre de gravité, c’est créer.


Dans dix ans

Steph Ango a une autre question dans sa liste : qu’est-ce que tu espères qui sera pareil dans dix ans ?

Je n’avais pas de réponse immédiate à celle-là. Mais en écrivant cet article, j’en ai une.

L’obsession. Le fait que certaines choses m’habitent au point de ne plus penser à autre chose jusqu’à ce que ce soit fait, et bien fait. J’espère que ça ne changera pas.

Et si c’est le cas, le reste s’alignera.

~/adrius $ cat commentaires